• Les périodes sensibles

    Les périodes sensibles - Maria MONTESSORI

     

    Maria Montessori a beaucoup réfléchi à ce qui guide l'enfant dans son choix. L'acte de choisir met en relation l'enfant avec ses besoins, ses envies. Comment s'organisent les besoins de l'enfant ? Ont-ils tous les mêmes? Est-ce au même âge, au même moment?

    De ses observations, elle a formule une hypothèse sur le développement de l'enfant qui est devenue un pilier de sa réflexion pédagogique. Son développement se faisant par bonds et non de manière linéaire et régulière, l'enfant laissé libre de ses choix passe par une succession de périodes au cours desquelles il montre une sensibilité particulière à quelque chose, développe plus facilement certaines aptitudes et s'intéresse plus intensément à certains exercices.

    « Ces périodes sont limitées dans le temps et ne concernent l'acquisition que d'un seul caractère déterminé. Une fois ce caractère développé, la sensibilité cesse pour être très vite remplacée par une autre source d'intérêts. » Maria Montessori

    Ces sensibilités particulières mettent l'enfant en situation de choisir dans l'environnement ce qui est bon pour sa croissance intellectuelle, utile pour son développement. Elles le guident en le rendant attentif à certaines choses et indifférent à d’autres.

    L’enfant peut donc porter son attention, son choix, sur le matériel pédagogique satisfaisant sa sensibilité du moment. Ainsi, ses facultés d'apprentissage sont décuplées concernant ce domaine et les acquisitions sont d'autant plus aisées qu’elles se font dans I' enthousiasme. Tout est facile pour I' enfant. Une fois le but atteint, la sensibilité disparait pour être remplacée par une autre.

     

    En nommant ces stades de développement « périodes sensibles», Maria Montessori a en fait repris le terme d'un biologiste hollandais, Hugo de Vries, qui baptisa « périodes sensibles » le phénomène biologique de développement de certaines espèces animales telles que les insectes a métamorphoses. L'analogie est intéressante pour comprendre le mécanisme des périodes sensibles. Ce biologiste étudia le comportement des larves du papillon Porthesia. Ce papillon pond ses œufs dans le bas des arbres, sur l'écorce, très exactement à la naissance des premières branches. À leur naissance, les minuscules chenilles, dotées d'une toute petite bouche, ne peuvent manger que les jeunes feuilles tendres à l'extrémité des branches. Qu'est-ce qui va les guider au sommet de l'arbre ? L'instinct ? Hugo de Vries s'aperçut que les chenilles réagissaient en fait à la lumière : à ce stade de leur développement, elles présentent une « sensibilité » à la lumière. Elles sont attirées par celle-ci et c'est ce phénomène qui les conduit à l'extrémité des branches de l’arbre. Une fois ce stade de développement dépassé, la sensibilité à la lumière cesse. Leurs mâchoires sont plus fortes : elles peuvent alors redescendre se nourrir des grosses feuilles situées au bas de l'arbre. La disparition de la sensibilité à la lumière, lorsqu`elle a remplit sa fonction, est aussi importante que sa manifestation au début de la vie de la chenille. Des conditions favorables à un stade de développement peuvent devenir inefficaces à un autre stade. Hugo de Vries observa des phénomènes analogues chez d'autres espèces animales.

    Tous les enfants présentent les mêmes périodes sensibles, mais pas forcement au même âge ni avec la même intensité.

    Ainsi guidé par ses périodes sensibles et son esprit absorbant, il est capable d'apprendre seul ce que son environnement lui propose. Maria Montessori constate que si l'on empêche l’enfant d'épuiser l'intérêt d'une quelconque période sensible, les chances d'acquisitions spontanées dans le domaine concerné sont compromises. Une fois la période passée, les acquisitions ne se feront qu'au prix d'efforts et de fatigue. La pédagogie du libre choix respecte les périodes sensibles des enfants. Si trop d'obstacles viennent contrer le libre développement de l'enfant et ses périodes sensibles, l'enfant réagit par des troubles du comportement (agitation, instabilité, introversion...). Ces réactions sont souvent assimilées à des caprices.

    Ce sont en fait pour Maria Montessori l'expression extérieure de besoins insatisfaits. Ces troubles, Maria Montessori les a appelés des « déviations ». C’est une erreur que de vouloir rattraper une période sensible déjà passée ou de la susciter avant l'heure. En revanche, il semble important de noter que ce n'est pas «forcer les apprentissages» que de répondre à la demande d'un enfant de quatre ans souhaitant apprendre à lire. S'il le demande, c'est qu'il se trouve au point culminant de sa période sensible à l'écriture, et dans ce cas, attendre l'âge de six ans serait fort dommageable.

    Le passage d'une période sensible à une autre se fait naturellement et sans contrainte. En suivant ses intérêts profonds, l'enfant choisit le matériel préparant à la lecture et à l'écriture et l'utilise sans se forcer, avec plaisir.

     

    Exemples de périodes sensibles

    La période sensible au mouvement

    La période sensible au mouvement débute dans le ventre maternel, se poursuit jusque vers l'âge de cinq ans et décroît ensuite. Elle atteint son maximum entre un an et demi et quatre ans. Le mouvement est un besoin biologique vital chez l'enfant. Il est un moyen pour lui d'entrer en contact avec son milieu. L'activité est le moteur de sa croissance psychique.

    L'enfant a besoin d'expérimenter ce qu'il découvre à travers son corps. De plus, le mouvement participe à l'émergence de la conscience car il fait le lien entre l'être et le monde. L'abstraction, l'intelligence ont besoin de la réalité pour naitre, et la connaissance de la réalité se fait par le mouvement. S'il est libre de perfectionner ses capacités motrices, l'enfant montre une exactitude de ses propres actes pour la réalisation de son être.

    La période sensible au langage

    La période sensible au langage débute dès la naissance et se poursuit jusqu'à six ans. Le bébé, sans l'aide de professeurs, ni de leçons, apprend parfaitement, dans ses moindres subtilités, la (ou les) langue(s) parlée(s) autour de lui, contrairement à l'adulte qui acquiert une langue étrangère au prix de beaucoup d'efforts. Après l'âge de six ans, l'apprentissage d'une langue devient beaucoup plus difficile pour l'enfant.

    Pendant cette période de sa vie, l'enfant révèle une aptitude considérable à s'imprégner et à répéter tous les sons entendus autour de lui. Sans effort, il se met à dire ses premiers mots, puis il organise son langage. Vers six ans, l'enfant connaît des milliers de mots et se perfectionne dans la composition des phrases. La période sensible passée, il va perdre peu à peu cette formidable aptitude.

    La période sensible à l'ordre

    Celle-ci apparaît au début de la première année et dure deux à trois ans. Pendant cette période, l'enfant fait preuve d'un intérêt immense pour la place des choses dans le temps et dans l'espace.

    Tout doit être à sa place. C'est vital. L'enfant est un ritualiste.

    Dans la première année, il manifeste par des cris ou de l'agitation son besoin d'ordre. Si les choses changent de place, si certains rituels changent, les enfants s'énervent et pleurent. Cette période de sensibilité à l'ordre est celle ou l'enfant rencontre le plus d'obstacles, car l'adulte ne sait pas toujours la percevoir.

    Chez l'enfant de deux ans, le besoin d'ordre prend une forme plus raisonnée. C'est alors qu'il entre dans la période active et tranquille de ses applications. C'est précisément ce phénomène que l'on observe beaucoup dans les écoles Montessori lorsque l'enfant de deux ans passe son temps à remettre les choses à leur place. Il se rend même compte quelquefois de petits détails qui échappent à l'adulte. L'enfant qui se construit en utilisant ce que lui offre son milieu de vie a besoin d'ordre et de stabilité. II déploie beaucoup d'efforts pour ordonner les sensations et les impressions qui l'entourent.

    Les classes Montessori sont toujours extrêmement bien rangées et chaque objet y est à sa place. C'est un facteur de bien-être et de détente pour l'enfant. Les enfants aiment voir chaque chose retourner à sa place. Maria Montessori dit que la sensibilité à l'ordre existe également chez l'enfant intérieurement.

    L’enfant cherche à développer son ordre intérieur en ordonnant toutes ses perceptions reçues de l'environnement dans son intellect. Le jeune enfant a besoin d'une ambiance ordonnée pour se construire des repères fiables qui lui permettent peu a peu de s'orienter seul et de comprendre l'ambiance dans laquelle il vit. Une fois ces repères acquis, il est prêt à élargir son cadre de vie.

    La période sensible de l'affinement des sens

    Cette période va de la naissance jusqu'à l'âge de six ans. L'enfant porte un grand intérêt aux impressions sensorielles en tous genres. Comme lors de toute période sensible, le but n'est pas seulement de mettre l'enfant en relation avec l'environnement, mais de perfectionner les différents organes, sensoriels : audition, olfaction, vue et toucher. C'est de la précision des perceptions sensorielles de l'enfant que dépend sa capacité future à percevoir toutes les subtilités de son environnement : l'affinement des sens conditionne la capacité de discrimination du futur adulte. Maria Montessori a conçu tout un matériel (le matériel sensoriel) destiné à affiner les sens, dans le but de donner à l'enfant des bases solides sur lesquelles il pourra construire son intelligence.

    Les autres périodes sensibles

    De trois à six ans, l'enfant s'intéresse à la perfection de ses actes. C'est la période favorable aux   « bonnes manières ». Fermer et ouvrir une porte avec délicatesse, dire bonjour. ..

    II existe beaucoup d'autres périodes sensibles comme celle de la minutie, de la socialisation, de l'écriture, de la lecture ...Les périodes sensibles sont transitoires et se manifestent avec plus ou moins d'acuité selon les enfants et à des moments différents. Le travail en libre choix est alors le meilleur moyen de les repérer, de les alimenter, et de laisser l'enfant s'y impliquer.

    L'enfant qui peut se développer suivant ses périodes sensibles apprend d'une façon différente que celle mise en pratique dans notre système scolaire habituel.

    II aime travailler dans le but de se construire. II apprend souvent vite et sans fatigue. Ce n'est pas son âge qui détermine sa faculté d'apprendre telle ou telle chose, mais ses potentialités du moment.

    II est capable d'analyser, de comprendre et d'enregistrer de grandes connaissances dont il s'est imprégné en premier lieu de manière sensorielle. II progresse par bonds. Le bousculer dans ses acquisitions est contraire à son propre rythme. 

    « Vidéo de Sylvie D'EsclaibesMatériel Montessori »

  • Commentaires

    1
    Marie
    Mardi 22 Mars 2016 à 21:21

    Un grand merci pour cet article de grande qualité et facile à lire qui donne envie de sauter le pas et prendre le temps de se former à la pédagogie Montessori.

    2
    JOEK K
    Samedi 22 Octobre 2016 à 11:42
    Merci le gd didacticien!
    3
    Claire D
    Mardi 4 Juillet à 22:16

    Merci pour ces explications théoriques qui sont très accessibles et qui permettent de mieux comprendre le matériel Montessori.

    Tu penses à tout! ton site est génial!

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